Volume 21, numéro 2, 2026

Sur le thème : « La phraséologie : réflexions et nouvelles perspectives »

Sous la direction de Valérie Gauthier-Fortin

Valérie Gauthier-Fortin

Avant-propos. La phraséologie, entre langue et culture (p. 17-25)

1. Phraséologie, ancrages culturels et cognition

Daniel Vojtek

« Phraséologie footballistique française et slovaque : équivalences ratées ? » (p. 29-63)

Résumé : Cette étude porte sur le traitement lexico-sémantique et traductologique d’un corpus de phraséologismes issus du français familier et sportif. L’objectif est d’analyser leur transparence sémantique, c’est-à-dire la facilite avec laquelle le sens figure peut-être déduit du sens littéral, ainsi que leur équivalence dans la langue slovaque. Les résultats montrent une petite partie d’expressions à transparence partielle ou totale, avec une proportion également modeste d’équivalences totales ou partielles en slovaque. Les analyses révèlent l’influence de la culture sportive et des métaphores communes sur la formation et la traduction des phraséologismes. Cette étude met en lumière les défis et les stratégies possibles pour la traduction phraséologique entre le français et le slovaque. Elle entreprend également une relecture critique et une théorisation de plusieurs concepts fondamentaux de l’équivalence fonctionnelle en traductologie, ainsi que des dimensions culturelles et sociolinguistiques de la traduction, afin de mettre en évidences le rôle déterminant de l’individualité et de la métaphore individuelle en phraséologie comme sources primaires des équivalences dites « défaillantes » entre les langues étudiées. Cela dit, nous arrivons à proposer un théorème simple selon lequel une unité phraséologique comparée à une unité terminologique présente des comportements équivalentiels manifestement plus restreints, fixes et rigides : elle ne connaît nul synonyme, elle est incapable de toute modification et ne peut être traduite telle quelle que par la méthode de substitution.

Mots-clefs : Phraséologie, football, équivalence, français, slovaque.

Ketevan Djachy

« L’internationalisation des proverbes et leur analyse comparée en langues romanes et en géorgien » (p. 65-88)

Résumé : Le proverbe, c’est une unité phraséologique ayant la forme d’une phrase. La sémantique des proverbes peut être définie comme un type de nomination phraséologique qui se réalise dans le cadre des unités phraséologiques communicatives à la suite d’une interprétation allégorique de la sémantique initiale. Notre article concerne l’étude typologique comparée des proverbes internationaux en langues romanes et en géorgien. Son objectif est de dégager les caractéristiques syntaxique, sémantique et pragmatique des proverbes des langues comparées d’après la modélisation linguistique et sémiotique ainsi que de définir s’il s’agit de l’internationalisation absolue ou partielle. Le corpus (environ 300 unités) a été répertorié sur internet d’après les dictionnaires et des recueils des proverbes du XXe siècle, qui étaient rédigés par les auteurs français, italien, espagnol et géorgien. La méthodologie de notre travail est descriptive et contrastive. L’analyse de chaque proverbe est menée selon les paires thématiques invariantes.

Mots-clefs : Proverbe, internationalisation, étude comparée, modélisation linguistique et sémiotique, parémiologie.

Driss Rabih et Mourad El Baroudi

« Expressions idiomatiques en amazighe et en arabe marocain : analyse contrastive et question du substrat-superstrat » (p. 89-114)

Résumé : Le présent article propose une analyse contrastive des expressions idiomatiques en amazighe et en arabe marocain, en mettant l’accent sur leur figement linguistique et leur ancrage culturel. À partir d’un corpus recueilli dans deux régions, l’une amazighophone et l’autre arabophone, il met en évidence les phénomènes de substrat et de superstrat qui traversent ces deux langues. L’analyse montre également comment ces unités phraséologiques traduisent une mémoire collective et une identité partagée, témoignant des dynamiques d’interaction linguistique et culturelle ayant marqué les deux communautés au fil des siècles.

Mots-clefs : Expressions idiomatiques, figement linguistique, substrat amazighe, superstrat arabe, mémoire collective.

Anissa Zrigue

« Phraséologie et programmation neuro-linguistique : le rôle des phrasèmes dans la reconfiguration cognitive et discursive du sujet » (p. 115-132)

Résumé : Le présent article étudie le rôle des phrasèmes dans la reconfiguration cognitive et discursive du sujet, en particulier dans le cadre des pratiques de programmation neuro-linguistique (PNL). Longtemps perçues comme des unités lexicales périphériques, les expressions figées, proverbes et routines discursives sont désormais reconnues comme des dispositifs centraux contribuant à l’ancrage culturel, à l’apprentissage des langues et à la structuration cognitive. La PNL mobilise ces formules stéréotypées pour influencer les représentations mentales et les comportements, offrant ainsi un terrain privilégié pour étudier l’articulation entre figement linguistique et plasticité cognitive. Cet article propose une analyse phraséologique des formules de PNL, en mettant en évidence leur stabilité syntaxique, leur fonction illocuto-perlocutoire ainsi que leur dimension axiologique. Il démontre que les phrasèmes ne sont pas de simples structures figées, mais des outils linguistiques de subjectivation, capables de remodeler le discours et la perception de soi.

Mots-clefs : Phraséologie, phrasèmes, programmation neurolinguistique, cognition, subjectivation, discours.

Koussay Kajo

« La non-actualisation comme dimension problématique du figement » (p. 133-161)

Résumé : L’article réexamine la notion d’actualisation, entendue comme le passage du potentiel au réel, à travers les mécanismes linguistiques et contextuels qui la sous-tendent. Il met en évidence le caractère relatif du critère de non-actualisation des éléments des expressions figées, le verbe pouvant conserver une actualisation temporelle ou modale liée à sa fonction prédicative.

L’étude remet par ailleurs en cause l’application des principes sémantiques propres à la composante libre de la langue au domaine du figement, ceux-ci tendant à en occulter les spécificités. Elle propose de concevoir la construction du sens dans ces unités comme un processus de re-référenciation reposant sur une logique interne, révélant ainsi des relations prédicatives implicites constitutives du phénomène. Dans cette perspective, le critère de non-actualisation est réévalué puisque son interprétation stricte limite la compréhension du figement et tende à négliger ses dimensions cognitive et discursive, ce qui révèle une insuffisance dans l’analyse sémiotique.

Mots-clefs : Figement, expression figée, actualisation, opacité, triade sémiotique, référenciation.

2. Phraséologie pragmatique : interactions et contextes d’usage

Alexis Ladreyt

« La phraséologie pragmatique : aspects théoriques et traitement phraséographique » (p. 165-214)

Résumé : La phraséologie, longtemps perçue comme un sous-domaine marginal de la lexicographie, s’est progressivement instituée, durant les cinquante dernières années, comme un domaine de recherche à part entière doté de son propre écosystème théorique et notionnel. Son périmètre s’est récemment élargi au profit d’une approche interdisciplinaire et outillée, favorisant l’émergence d’un sous-domaine, la phraséologie pragmatique, qui étudie des formes lexicales préfabriquées à fonction pragmatique nommées phrasèmes pragmatiques (PhP). L’article vise à ouvrir une discussion théorique et méthodologique sur leur traitement et leur modélisation, en ciblant particulièrement les PhP fréquents de l’interaction quotidienne exprimant l’affect du locuteur, appelés phrasèmes pragmatiques expressifs (PhPex). Après des clarifications notionnelles, nous présentons la méthodologie de traitement phraséographique employée puis nous proposons une étude de cas sur le PhPex de colère « ça me gonfle ! » qui nous permettra d’illustrer concrètement le fonctionnement de notre appareil théorique et méthodologique. Enfin, nous concluons.

Mots-clefs : Phraséologie pragmatique, phraséographie, conversation quotidienne, phrasèmes pragmatiques expressifs.

Haythem Hamdi

« Les formules de salutation : des unités culturelles ? » (p. 215-237)

Résumé : Cet article examine les formules de salutation en arabe à la lumière de la phraséologie et les met en perspective avec leurs équivalents français afin d’interroger leur statut d’unités culturelles. Cette étude repose sur un corpus bilingue constitué de la trilogie du romancier égyptien Najib Mahfoudh, ainsi que sur ses traductions françaises réalisées par Philippe Vigreux. En s’appuyant sur l’approche de l’analyse prédicative, l’étude décrit ces formules comme des pragmatèmes, définis en fonction des paramètres de la situation d’énonciation (le locuteur, l’interlocuteur, la relation entre les deux, le cadre spatio-temporel, etc.), et montre comment elles véhiculent des inférences culturelles et dépassent le simple acte de saluer.

Mots-clefs : Formules de salutation, pragmatème, rituel langagier, unité culturelle, inférence.

Ruyue Deng et Céline Robillard

« Traitement des pragmatèmes dans des manuels de français adressés à des apprenants migrants en France » (p. 239-264)

Résumé : Cet article propose d’interroger la place accordée aux pragmatèmes dans huit manuels de français adressés à un public d’apprenants migrants en France. La présente recherche part en effet du postulat que cette unité phraséologique, qui se caractérise par son ancrage situationnel et sa valeur pragmatique, semble parfaitement correspondre à un contexte d’enseignement tourné vers une approche fonctionnelle et pragmatique de la langue, où les enseignements devraient être directement réutilisables dans le quotidien des apprenants. Bien que présentant tous une démarche fonctionnelle, les manuels peuvent être répartis en deux catégories, ceux présentant une approche plutôt tournée vers l’alphabétisation et ceux plutôt tournés vers la communication, les premiers présentant moins de pragmatèmes que les seconds. Si certains manuels proposent de nombreux pragmatèmes, ils restent néanmoins limités à quelques actes de parole et situations de communication et ces derniers sont majoritairement présentés de manière décontextualisée.

Mots-clefs : Pragmatème, didactique, manuel, migration.

3. Phraséologie dans les discours, les médias et la littérature : perspectives discursives et culturelles

Brakissa Sawadogo

« Les mots de la crise sociopolitique et sécuritaire au Burkina Faso » (p. 269-289)

Résumé : Consécutivement à son adhésion à la communauté française en 1958, le Burkina Faso accède à l’indépendance deux ans plus tard, le 5 août 1960. Depuis cette date, plusieurs régimes politiques se sont succédé dans la gestion du pouvoir d’État. C’est ainsi que de 1960 à 2022, l’histoire politique du pays a été marquée par une instabilité due en grande partie au retour cyclique de coups d’État militaires. Le drame que vit le peuple burkinabè prend corps ainsi dans les pratiques langagières, qui confèrent à la langue une créativité spectaculaire. En effet, l’émergence de néologismes, entre autres, en langue française, reflets d’une société en pleine crise, constitue le cadre du recueil d’un corpus, objet de la présente analyse, qui s’inscrit dans le cadre de la sociolexicologie. Ainsi, tout en nous intéressant aux facteurs sociaux, politiques et linguistiques qui ont entrainé le développement des terminologies, nous nous proposons d’identifier les procédés de création de ces mots en tenant compte de leur contexte sociopolitique et sociolinguistique.

Mots-clefs : Sociolexicologie, socioterminologie, néologie, néologisme, lexicologie, linguistique, sociolinguistique.

Hélène Georgette Meutou

« Parémies et identité culturelle dans les discours de sa Majesté Sokoudjou Chendjou II : essai d’analyse pragmatique » (p. 291-313)

Résumé : Cet article explore la manière dont les parémies participent à la transmission des valeurs et des identités culturelles dans les discours de sa majesté Fo’o Sokoudjou Chendjou II, chef traditionnel du village Bamendjou à l’ouest du Cameroun. La parole royale africaine, longtemps transmise de manière orale, s’inscrit au cœur d’un héritage culturel profondément enraciné dans la tradition. À la faveur des nouvelles technologies et des multiples crises que traverse le Cameroun, cette parole est souvent portée par ce chef sur sa page Facebook. L’un des aspects les plus saillants de ses publications est l’usage à répétition des parémies, ces formules proverbiales qui condensent la sagesse populaire et véhiculent des valeurs culturelles de cette aire géographique. En prenant appui sur la perspective de la parémiologie de Stéphane Viellard, nous ferons une analyse pragmatique des parémies présent dans les discours de ce chef traditionnel. Au travers du principe d’implication, nous verrons comment ces parémies sont un conservatoire des valeurs bamiléké et un outil de régulation des comportements sociaux.

Mots-clefs : Discours, identité culturelle, parémies, pragmatique, tradition orale.

Cosimo De Giovanni

« Palimpseste collocationnel et activation discursive dans le discours médiatique contemporain : analyse discursive de la collocation “attiser les tensions” » (p. 315-344)

Résumé : Cet article propose une analyse discursive et phraséologique de la collocation figurée attiser les tensions dans le discours médiatique contemporain, à partir d’un corpus spécialisé d’environ un million de tokens (396 occurrences). L’étude mobilise le modèle du palimpseste collocationnel afin de décrire l’activation contextuelle du sens. L’analyse montre que la collocation conserve un héritage figuratif issu de l’expression attiser le feu (intensification, propagation), mais que cet héritage n’est pas mobilisé automatiquement : son actualisation dépend de repères textuels et de configurations discursives. Selon les contextes géopolitiques, politico-sociaux ou judiciaires et institutionnels, différentes couches interprétatives sont sélectionnées, pouvant produire un effet évaluatif dérivé sans être lexicalement codé. L’article propose ainsi une modélisation dynamique articulant héritage lexical et activation discursive.

Mots-clés : Collocation figurée, palimpseste collocationnel, repères textuels, activation discursive, discours médiatique.

Ma Isabel González-Rey et Aira Rego-Rodríguez

« Espace et mouvement dans le roman Ni d’Ève ni d’Adam, d’Amélie Nothomb : une étude phraséostylistique » (p. 345-378)

Résumé : Cet article analyse le rôle structurant de l’espace dans Ni d’Ève ni d’Adam, d’Amélie Nothomb, à partir d’une approche phraséostylistique. S’inscrivant dans le tournant spatial des études littéraires, il montre que l’espace ne constitue pas un simple décor diégétique, mais un opérateur central de la construction identitaire, affective et corporelle de la protagoniste. L’étude se concentre plus particulièrement sur les scènes de montagne (mont Fuji et mont Kumotori Yama), envisagées comme des espaces-limites où s’articulent pulsion de vie et pulsion de mort. Les résultats confirment que la poétique nothombienne repose sur un tissu phraséologique dense où espace, mouvement et liberté sont indissociablement liés. En outre, la comparaison de cet ouvrage avec celui de Stupeur et tremblements permet de mettre en valeur la fonction de liage de ce tissu dans l’architecture de ces deux œuvres.

Mots-clefs : Ni d’Ève ni d’Adam, phraséostylistique, métaphore phraséologique, tournant spatial.

4. Phraséologie à l’ère de la technologie et de l’intelligence artificielle

Lian Chen

« Peut-on parler d’ontophraséologie ? Vers une modélisation ontologique des unités phraséologiques » (p. 381-411)

Résumé : Face à l’explosion des données linguistiques et aux usages numériques croissants des ressources lexicales, les descriptions traditionnelles des unités phraséologiques (UP) montrent leurs limites. Malgré le dynamisme actuel de la recherche, attesté par de nombreux colloques (e.g. AIUP à l’INALCO 2025, PHRASEOPRAG au Japon) et publications (e.g. Langages no 225, no 239), la structuration ontologique formelle des UP demeure largement sous-explorée. La phraséologie classique a permis d’en décrire les propriétés essentielles telles que le figement, l’idiomaticité (González Rey 2002 : 52) et la non-compositionnalité (M. Gross 1982 ; G. Gross 1996 ; Mejri 2011), et la phraséoculturologie (Chen 2022) a mis en évidence leur ancrage conceptuel et métaphorique, mais sans proposer de cadre formel exploitable dans le Web sémantique ou le TAL.

Cette étude propose une approche ontophraséologique, inspirée de l’ontoterminologie (Roche, 2012), conçue comme un cadre théorique de modélisation conceptuelle des UP. Celles-ci y sont envisagées comme des entités linguistiques autonomes, reliées à des concepts formalisés dans des graphes de connaissances (Chen 2025), afin d’articuler description linguistique, ingénierie des connaissances, TAL et intelligence artificielle.

Mots-clés : Ontophraséologie, phraséologie, ontologie, unités phraséologiques, modélisation conceptuelle, Web sémantique, traitement automatique des langues.

Souad Benelhadj Djelloul

« Phraséologie conversationnelle plurilingue en Algérie : pragmatèmes et calibrage IA sur un corpus spontané » (p. 413-436)

Résumé : Cet article aborde l’émergence d’unités phraséologiques trilingues dans la parole spontanée, phénomène qui constitue un défi majeur pour la linguistique de corpus et l’intelligence artificielle. En nous appuyant sur un corpus de conversations entre étudiants algériens, nous documentons la manière dont le contact de langues (arabe algérien / français / anglais) génère des constructions polylexicales à fonction pragmatique stable. Notre problématique interroge la capacité d’une approche hybride, articulant IA et expertise humaine, à cartographier ces phrasèmes émergents. L’analyse démontre que ces pratiques, loin d’être aléatoires, se cristallisent selon une logique de spécialisation des codes : l’arabe algérien sert de matrice, le français est mobilisé pour le métalangage et l’argumentation, tandis que l’anglais l’est pour le lexique technique. L’étude révèle des pragmatèmes sophistiqués, tels que la concession bilingue. Nous discutons enfin des limites de l’IA et proposons un protocole de « calibrage expert » comme contribution à la phraséologie computationnelle. Ce travail positionne l’analyse du contact de langues en Algérie comme un terrain d’innovation pour l’étude de la créativité phraséologique.

Mots-clefs : Phraséoculturologie, code-switching, contact de langues, sociolinguistique computationnelle, humanités numériques.

Déogratias Nizonkiza

« L’enseignement des collocations en anglais au niveau tertiaire : revue critique des approches DDL entre corpus et intelligence artificielle » (p. 437-470)

Résumé : Notre étude examine la récente littérature sur l’enseignement des collocations en anglais au niveau tertiaire à travers l’apprentissage guidé par les données (Data-Driven Learning, DDL). Elle retrace les principales étapes du développement des corpus grâce à l’évolution technologique, des premiers ensembles aux méga-corpus actuels, et met en lumière leurs contributions à l’apprentissage et à l’écriture académique. Les méta-analyses récentes confirment l’efficacité du DDL, bien que certains obstacles pratiques persistent dans sa mise en œuvre pédagogique. L’émergence de l’intelligence artificielle ouvre néanmoins des perspectives nouvelles : les premiers travaux suggèrent qu’elle peut enrichir plutôt que remplacer le DDL, en soutenant une approche intégrée qui renforce l’autonomie et le discernement des apprenants. La revue se conclut par des pistes de développement pour structurer cette convergence entre corpus, DDL et intelligence artificielle.

Mots-clés : Data-Driven Learning (DDL), collocation, écriture académique, corpus, intelligence artificielle.

Hors thème

Sophie Laurence, Chantal Mayer-Crittenden et Natasha Dupuis

« Caractéristiques lexicales et production langagière en contexte franco-ontarien minoritaire : comparaison exploratoire entre bilingues (français-anglais) et monolingues anglophones » (p. 475-510)

Résumé : La production orale chez les adultes bilingues français-anglais en contexte linguistique minoritaire soulève des enjeux pour l’analyse de la diversité lexicale. À partir d’une tâche de description d’images, les productions de 30 bilingues ont été comparées à celles de 28 anglophones monolingues âgés de 50 ans et plus, recrutés en Ontario. Les transcriptions ont permis l’analyse des noms et des verbes à l’aide de ratios type-token. Des modèles linéaires mixtes contrôlant l’âge, le genre et le niveau d’éducation mettent en évidence des différences significatives entre les groupes pour les deux classes grammaticales, bien que reposant sur des mécanismes distincts. Ces différences reflètent des profils d’accès lexical distincts liés à l’usage de deux langues. Lorsque les productions en français et en anglais sont combinées, les bilingues présentent une diversité lexicale plus élevée que les monolingues. Les alternances de code occasionnelles s’inscrivent dans les pratiques langagières associées au contexte minoritaire. L’analyse bilingue des productions langagières apparaît essentielle pour interpréter les performances lexicales.

Mots-clefs : Lexique, bilinguisme, contexte linguistique minoritaire, alternance de code, orthophonie.

Zakaria Ouallou

« L’écriture journalistique, quels vocables ? Cas des éditoriaux marocains d’expression française L’Opinion et Aujourd’hui le Maroc en période de confinement de la crise sanitaire COVID-19 » (p. 511-532)

Résumé : L’éditorial représente un genre majeur de la presse écrite. Il exprime l’orientation sociopolitique du journal. Cette étude examine les éditoriaux de deux quotidiens marocains : L’Opinion et Aujourd’hui le Maroc. Nous analysons la production lexicale durant le confinement lié au COVID-19. Le corpus comprend vingt-huit éditoriaux. Nous utilisons une approche lexicométrique via le langage Python. L’analyse cible les cooccurrences et les mots-pôles. Elle identifie les stratégies discursives des éditorialistes. L’étude compare les traitements partisans et indépendants de la crise sanitaire. Les résultats éclairent la construction du discours médiatique en temps de crise.

Mots-clefs : Maroc, lexicométrie, crise sanitaire, éditoriaux, stratégies discursives.

Valérie Roy, Samuel Gagné, Sylvie Thibault, Gabrielle Rioux, Rebecca Angele et Claudia Fournier

« Violence entre partenaires intimes chez les personnes LGBTQ+ : analyse des expériences vécues par les personnes victimes dans les services d’aide québécois » (p. 533-563)

Résumé : De trop nombreuses personnes sont encore victimes de violence entre partenaires intimes, dont les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans et queers (LGBTQ+). Or, les services pour ces personnes restent rares et, lorsqu’ils sont accessibles, ils s’avèrent peu adaptés à leurs réalités. L’une des pistes suggérées pour adapter les services consiste à mieux comprendre leurs expériences et les contextes dans lesquels elles évoluent. En s’appuyant sur deux recherches qualitatives québécoises, cet article analyse les expériences vécues par les personnes LGBTQ+ victimes de violence entre partenaires intimes qui ont fait une demande à un service d’aide. Trois types d’obstacles se dégagent de leurs expériences, soit ceux liés à l’organisation hétéronormative des services, ceux liés à la conception hétéronormative de la violence entre partenaires intimes, et ceux liés au manque de formation et aux attitudes du personnel d’intervention. Des expériences positives sont aussi identifiées. Les résultats sont interprétés dans une perspective historique de la construction du problème de la violence conjugale, des politiques sociales qui y sont consacrées et des services offerts aux personnes qui en sont victimes. Des pistes de recherche et pour l’amélioration des pratiques sont proposées.

Mots-clefs : Violence entre partenaires intimes, violence conjugale, populations LGBTQ+, services, accès aux services.

Démonster-Ferdinand Koukam

« Cause commune, fortunes diverses : l’épineux problème de la prise en charge et de la reconversion des unités supplétives mobilisées au Cameroun pendant la guerre de décolonisation (1957-1971) » (p. 565-604)

Résumé : Le présent article se propose, à travers des témoignages et des documents collectés dans les centres de documentation, de mettre en lumière les fortunes et les infortunes des éléments supplétifs à la fin de la guerre de décolonisation au Cameroun. Mobilisés pour renforcer les troupes franco-camerounaises et combattre l’insurrection portée par l’Union des Populations du Cameroun (UPC) depuis 1956, les supplétifs se démarquent sur le terrain par une « efficacité remarquable ». Ces unités, dont les actions sur les fronts militaires et idéologiques sont présentées comme déterminantes dans l’anéantissement de l’insurrection, connaissent des fortunes diverses après la démobilisation. Si les structures d’opportunités préconisées pour leur reconversion (intégration dans l’administration, les forces régulières, les comités de vigilance, l’opération Yabassi-Bafang, l’octroi des primes de démobilisation, des certificats d’intégration, de civisme et des lettres de félicitations) favorisent la réinsertion d’une minorité de supplétifs, la grande majorité est délaissée après la guerre. Certains supplétifs encore vivants évoquent cette période d’après-guerre avec beaucoup de désillusions et disent avoir été lésés et abusés. Estimant avoir tout donné dans cette guerre, y compris leur avenir, ils accusent les autorités camerounaises de n’avoir pas tenu leurs promesses ni d’avoir pris des mesures pour manifester leur reconnaissance des sacrifices consentis et assurer une reconversion de l’ensemble des supplétifs.

Mots-clefs : Cameroun, guerre de décolonisation, unités supplétives, reconversion socioprofessionnelle, UPC.

Alain Finet, Kevin Kristoforidis et Julie Laznicka

« Cartographier la complexité des décisions financières : une typologie évolutive entre raison et émotion » (p. 605-646)

Résumé : Notre recherche s’inscrit dans le champ de la finance comportementale et vise à mieux comprendre la diversité des comportements financiers en situation d’incertitude. Dans le domaine du trading, la littérature propose de nombreuses typologies de styles décisionnels mais elles tendent à isoler des dimensions spécifiques (en particulier la rationalité et les émotions) au détriment d’une compréhension globale des comportements. L’objectif de cette étude est de dépasser le caractère fragmenté de ces approches en proposant une typologie intégrée, fondée sur l’analyse qualitative des récits de participants à une simulation boursière. Le cadre initial reposait sur une grille théorique en quatre dimensions – rationnel-analytique, intuitif-émotionnel, compulsif et stoïque – inspirée de travaux issus de la finance comportementale et de la psychologie de la décision. L’analyse des entretiens a montré les limites de cette approche. Les participants expriment des logiques marquées par des contradictions et des oscillations entre rationalité et émotion. Ce constat a conduit à la formulation d’une typologie hybride en quatre profils (rationnels contrariés, émotionnels compulsifs, hybrides stoïques, aspirants rationnels), puis à une typologie enrichie en six profils, distinguant notamment différents degrés d’aspiration rationnelle. Les résultats mettent en évidence que les comportements financiers relèvent d’un mélange de registres cognitifs et affectifs. La rationalité apparaît comme une aspiration fragile et menacée par l’émotion et réajustée par l’expérience. Cette contribution renouvelle les typologies existantes en proposant une cartographie plus fidèle des comportements financiers. Elle souligne l’intérêt des approches qualitatives pour saisir la dimension subjective de la décision en dépassant l’opposition traditionnelle entre rationalité et irrationalité.

Mots-clefs : Méthodologie qualitative, entretiens semi-directifs, marchés boursiers, typologie des investisseurs, incertitude.