Énoncé de Mission

La revue Nouvelles perspectives en sciences sociales (NPSS) entend accompagner les chercheurs qui s’aventurent dans de nouveaux espaces des sciences sociales. Dans cet espace pourront être diffusés les travaux qui, sans évidemment sacrifier à la rigueur, osent proposer des analyses qui sont capables de surmonter des obstacles qui s’élèvent devant les modélisations instituées. Elle ne se pose pas en rupture par rapport à ces modélisations. Elle en connaît la puissance. Mais cette reconnaissance ne lui suffit pas pour interdire qu’on affronte les modèles établis, qu’on les contourne ou qu’on s’en affranchisse. Car toute puissance porte en elle ses faiblesses, peut aussi bien propulser que handicaper, favoriser la découverte que l’empêcher.

Le constat des limites des modèles établis en sciences sociales ouvre diverses voies. Si la critique de l’utilitarisme en est une, il y en a d’autres. NPSS entend favoriser l’exploration à partir de ces autres pistes, notamment, mais pas exclusivement, la systémique complexe et l’analyse relationnelle. La fécondité de la modélisation en termes de systèmes complexes n’est plus à démontrer dans de nombreux domaines de la connaissance scientifique. Il est temps qu’elle puisse s’exprimer en dépassant les récusations hâtives, voire les stigmatisations, dont elle souffre souvent dans les sciences sociales. L’approche relationnelle, au niveau micrologique, représente l’une des seules voies où il est permis d’aborder les rapports entre les personnes en dehors d’une logique phénoménologique où l’essentiel s’explique par référence aux intentions des acteurs ; au niveau macrologique, elle constitue l’une des façons de comprendre les phénomènes sociaux autrement que dans une perspective anthropocentrique, où tout le social se construit autour de l’acteur.

Cette double orientation théorique n’est en aucun cas exclusive. L’ouverture à toute réflexion novatrice et rigoureuse doit être une règle, car il est peu probable que les territoires qui se révèlent livrent à l’observateur autre chose que la pluralité, aussi bien des objets d’analyse que de la manière de les aborder.

La systémique complexe et l’approche relationnelle privilégient l’analyse des dynamiques entre des objets ou celle des liens qu’entretiennent entre eux les éléments qui sont constitutifs d’un tout plutôt que l’analyse des objets en eux-mêmes. Ces deux positions théoriques font en sorte qu’un phénomène donné, un objet particulier ne sont jamais compris isolément, soit en dehors de l’ensemble auquel ils appartiennent ou dont ils font partie, soit en marge des relations qu’ils entretiennent avec d’autres phénomènes ou d’autres objets. En ce sens, ces deux positions sont presque nécessairement interdisciplinaires. En témoignent avec éloquence les travaux de l’Union européenne de systémique (Systems Science European Union), ceux du programme européen MCX (Modélisation de la complexité) ou ceux du Santa Fe Institute. La mention de promoteurs de cette position épistémologique serait forcément arbitraire tant le champ est vaste, s’étirant jusqu’à la cybernétique, l’analyse communicationnelle et l’analyse des systèmes et s’imposant en biologie, comme en sociologie, en linguistique et en sciences politiques.