Appels à contributions

Sur le thème : « Le travail incertain : les salariés en quête de sens et de reconnaissance »

(Appel à contributions, numéro thématique (volume 16, numéro 2, parution en mai 2021)

La division internationale du travail, a dessiné une nouvelle configuration des espaces productifs en y intégrant des contraintes allant de l’organisationnel à l’affectif. L’incertitude en serait alors la principale caractéristique : changement des modes gestionnaires, menace de fermeture d’usine liée à la délocalisation des entreprises, transformation des modes de gouvernance des entreprises, exigence de rentabilité de la part des actionnaires, etc.

En effet, malgré toutes les vagues d’humanisation des espaces productifs, les conditions de travail restent très insatisfaisantes dans plusieurs secteurs d’activité, dans plusieurs pays et pour des catégories socioprofessionnelles particulières. Pour les employés, travailler dans l’incertitude a des effets réels, entre autres, sur l’emploi, sur la santé[1], sur le rapport au travail qui s’exprime par un surinvestissement, par des compromissions et des sacrifices de toutes sortes, de peur de perdre son emploi ; et par la compétition entre employés, ce qui mine les formes de solidarité et de régulation collective[2]. Ce qui fait dire à Yves Barel que le travail, ce « grand intégrateur » de la vie sociale et économique  a perdu son sens ; il est devenu un élément du vide social qui ne permet plus la création des liens sociaux[3].

Paradoxalement, le travail, cet inducteur qui traverse tous les champs sociaux, demeure, dans les pensées et les actions, un champ qui donne sens et reconnaissance aux identités professionnelles. Cette quête de sens et de reconnaissance dépend dans sa réalisation des relations de reconnaissance mutuelle que les êtres établissent entre eux[4], du regard, des jugements gratifiants des autres[5] mais aussi des dispositifs collectifs mis à leur disposition[6].

Dans un tel contexte, les employés, en quête de reconnaissance, essayent de développer, individuellement ou collectivement, différentes attitudes allant de la résignation et du retrait[7] à la résistance au quotidien en prenant appui sur le syndicat ou sur des collectifs non institués. Cela se traduit aussi par des demandes de reconnaissance tant sur le plan symbolique qu’au niveau des protections sociales[8]. Néanmoins, l’accès à ces ressources mobilisables et mobilisées demeure inégal selon les catégories d’appartenance, car les institutions et l’exercice des modes gestionnaires varient considérablement selon les contextes, selon le pays, le genre, les catégories professionnelles ou les générations.

Du côté des entreprises, le problème se pose autrement. D’une part, le discours managérial tente de banaliser l’incertitude, de la réduire à un fait naturel, qui peut se régler par l’adaptation au changement. C’est la raison pour laquelle la flexibilité, l’adaptation au changement, la docilité, deviennent des capacités très recherchées par les employeurs[9]. D’autre part, la reconnaissance, dont parlent les managers n’est rien d’autre qu’un discours visant à augmenter la motivation, l’engagement, la fidélité et la performance des employés.

En dépit de l’intérêt croissant, tant de la part des acteurs sociaux et des décideurs, que de la part des chercheurs, les interrogations demeurent nombreuses et diverses. Comment les salariés cheminent dans les incertitudes de reconnaissance qui affectent le monde du travail contemporain ? Quels impacts sur les employés et les syndicats ? Quelles sont les modalités de résistance sur les plans individuel et collectif ?

De quelles manières les salariés tentent d’obtenir la reconnaissance de leur engagement au travail ? Quel type de ressources mobilisent-ils, et comment ?

Quels sont les facteurs d’inégalité et de stratifications sociales qui transgressent les espaces productifs et différencient l’accès des salariés aux ressources de la reconnaissance sociale ? Comment ces facteurs varient selon les pays, le genre, les catégories professionnelles, etc. ?

Comment les politiques d’entreprises se positionnent par rapport à ces demandes de reconnaissance ?

Ces questions n’épuisent pas la complexité de la thématique proposée dans ce numéro. Le but étant d’introduire un nouveau regard sur la question de la reconnaissance au travail dans une perspective interdisciplinaire en multipliant l’analyse des points de vue des agents concernés, comme les employés, les syndicats, les managers ou l’État.

Le numéro sera l’occasion également de revisiter les concepts, les approches et les paradigmes à partir desquels se pose la question de la reconnaissance au travail, au Nord comme au Sud, en mettant l’accent sur les nouveaux espaces productifs qui portent, entretiennent et consolident la mondialisation.

Soumission des articles

Les auteur(e)s intéressé(e)s par cette problématique annonceront leur projet à Rachid Bagaoui et à Youssef Sadik aux adresses suivantes : : rbagaoui@laurentienne.ca et youssefsadik@yahoo.fr en mettant en copie Denis Martouzet dmartouzet@laurentian.ca. Les articles seront expédiés aux mêmes adresses au plus tard au mois d’octobre 2020. Ceux qui traverseront avec succès le processus d’évaluation par les pairs seront publiés dans le volume 16, numéro 2, de la revue, en mai 2021.

Consignes aux auteur(e)s

Merci de vous référer au guide de NPSS http://npssrevue.ca/guide/. Nous acceptons les articles allant de 6 000 à 15 000 mots environ incluant bibliographie, résumé, annexes et notes de bas de page.

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[1] Christophe Dejours, Isabelle Gernet et Duarte Rolo, « La souffrance psychique au travail. Comprendre les enjeux de santé du rapport subjectif au travail », dans Annie Thébaud-Mony, Philippe Davezies, Laurent Vogel et Serge Volkoff (dir.), Le risque du travail. Pour ne pas perdre sa vie à la gagner, Paris, La découverte, 2015, p. 303-311.

[2] Pierre Bourdieu, « La double vérité du travail », Acte de recherche en sciences sociales, no 114, 1996, p. 89-90.

[3] Yves Barel , « Le grand intégrateur », Connexions, n° 56, 1990, p. 89-90.

[4] Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, Paris, Le Cerf, coll. « Passages », 2000 [1992].

[5] Paul Ricoeur, Parcours de la reconnaissance. Trois études, Paris, Stock, coll. « Essais », 2004.

[6] Robert Caste, La montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées », 2009.

[7] Renaud Sainsaulieu, L’identité au travail. Les effets culturels de l’organisation, Paris, Presses de Sciences Po, 2014 [1977].

[8] Dominique Méda, Le travail une valeur en voie de disparition ? Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2010.

[9] Youssef Sadik, Les paradoxes de l’employabilité au Maroc. Le travail et l’entreprise au Sud à l’épreuve de la mondialisation, Paris, L’Harmattan, 2018 et « Travail et socialisation économique des jeunes téléconseillers au Maroc », Émulations. Revue de sciences sociales, https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01743696/document, 2018.

 

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Sur le thème : « Catégories socioprofessionnelles, mobilité sociale et professionnelle »

En sciences sociales, très souvent et parfois de façon quasiment naturelle, les travaux et publications prennent appui sur un ensemble de catégories, en particulier (mais pas uniquement) lorsqu’il s’agit d’enquêtes quantitatives. Parmi ces catégories, on retrouve la catégorie socioprofessionnelle.

La construction, l’évolution et l’usage de cette « variable » ont déjà fait l’objet de nombreuses publications et critiques (1).

Dans le contexte plus récent, on peut dégager plusieurs tendances avec, d’un côté, un usage moins fréquent des catégories socioprofessionnelles, notamment par les instances qui ont participé activement à leur existence (2), et, de l’autre côté, des projets de construction d’une nomenclature européenne (3), voire mondiale, qui permettraient des comparaisons à des échelles beaucoup plus vastes et variées(4).

Les travaux portant sur la mobilité professionnelle, et plus largement sur la mobilité sociale, ne peuvent que difficilement s’extraire des débats autour des (més)usages et des limites de cette nomenclature s’agissant, en particulier, d’étudier (quantitativement) des évolutions dans le temps (entre différentes enquêtes, entre deux générations, entre deux dates dans la carrière d’un individu) ou des variations dans l’espace (d’un pays à l’autre), voire de comparer certaines sous-populations (hommes et femmes, jeunes et plus âgé.es, etc.) ou encore d’étudier et de comparer la mobilité dite objective et la mobilité dite subjective. Dans ce cadre, les présupposés utilisés (par exemple l’aspect hiérarchisé ou non de la nomenclature des professions,  l’utilisation à un niveau agrégé ou détaillé de la nomenclature, la comparabilité entre deux nomenclatures, etc.) et les méthodes statistiques et mathématiques employées (analyse par régression, mesure de la fluidité sociale, etc.) peuvent être discutés dans la mesure où ils ont un impact direct sur les résultats et leurs interprétations (5). Ils peuvent faire l’objet de déconstructions et reconstructions, induisant de nouveaux questionnements et/ou de nouvelles approches méthodologiques amenant à de  nouveaux résultats (6).

Le changement d’échelle ne fait pas disparaître la question de la construction des catégories et de leurs usages. Ainsi, l’évaluation du déplacement social et la qualification de son orientation à l’échelle individuelle interrogent l’approche statistique de la mobilité, ses grilles d’analyse (7). Nombre de travaux portant sur différentes professions attestent de la valeur heuristique de l’articulation entre analyses statistique et ethnographique (8). Cependant, les catégories construites par l’enquête ethnographique n’étant pas de même « nature » que celles produites par l’enquête statistique, elles renvoient, en effet, à un mode de raisonnement différent, leur combinaison suppose des précautions particulières (9).

Cet appel à articles souhaite faire émerger des propositions originales et novatrices autour de la variable catégorie socioprofessionnelle, de son (més)usage, de ses intérêts et limites,
notamment dans les travaux sur la mobilité professionnelle ou sociale.

Il est ouvert à des réflexions aussi bien théoriques que méthodologiques prenant appui sur des enquêtes contextualisées quantitatives ou qualitatives.

On pourra se questionner autour des thèmes les plus divers comme les suivants :

  • Construction, déconstruction, reconstruction de catégories socioprofessionnelles
  • La catégorie socioprofessionnelle dans les analyses longitudinales
  • La catégorie socioprofessionnelle dans les travaux qualitatifs
  • La catégorie socioprofessionnelle dans les comparaisonsinternationales ou européennes
  • L’aspect hiérarchique ou non hiérarchique des catégories socioprofessionnelles
  • La catégorie socioprofessionnelle dans l’étude de la mobilité sociale intergénérationnelle et/ou intra-générationnelle
  • La catégorie socioprofessionnelle dans la comparaison entre mobilité sociale objective
    et mobilité sociale subjective
  • La catégorie socioprofessionnelle comme variable explicative
  • Catégorie socioprofessionnelle individuelle ou du ménage.
  • Les catégories socioprofessionnelles selon le sexe, l’âge, la génération
  • Catégories socioprofessionnelles et classes sociales

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(1) Pour la France, voir, par exemple, Thomas Amossé, « Rénovation de la PCS 2018-2019. Propositions du Groupe de travail du Cnis », Document provisoire présenté lors de la réunion de la Commission Emploi Revenu, 12 avril 2019.

(2) Emmanuel Pierru et Alexis Spire, « Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles », Revue française de science politique, vol. 58, n° 3, 2008, p. 457-481.

(3) Cédric Hugrée, Etienne Penissat et Alexis Spire, Les classes sociales en Europe, Marseille, Agone, coll. « L’ordre des choses », 2017.

(4) Delphine Rémillon, Marianne Kempeneers et Éva Lelièvre, « Les défis d’une nomenclature commune des professions pour l’étude de la mobilité intergénérationnelle en France et au Québec », Cahiers québécois de démographie, vol. 47, n° 1, 2018, p. 25-48.

(5) Françoise Cedo et Alberto Lopez, « Codifier la PCS à 4 chiffres : une ambition raisonnable ? Analyse d’un flou statistique sur la relation formation-emploi », Actes des Journées de méthodologie statistique, INSEE-Méthodes, 2002 ; Dominique Merllié et Jean Prévot, La mobilité sociale, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 1991.

(6) Daniel Bertaux, « Mobilité sociale : l’alternative », Sociologie et sociétés, vol. 25, n° 2, 1993, p. 211-222 ; Maurizio Gribaudi et Alain Blum, « Des catégories aux liens individuels : l’analyse statistique de l’espace social », Annales ESC, n° 6, 1990, p. 1365-1402.

(7) Bernard Lahire, La Culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte, 2004.

(8) Christelle Avril, Les aides à domicile : un autre monde populaire, Paris, La Dispute, 2014 ; Lise Bernard, La précarité en col blanc. Une enquête sur les agents immobiliers, Paris, Presses universitaires de France, 2017.

(9) Florence Weber, « L’ethnographie armée par les statistiques », Enquête n° 1, 1995, p. 153-165.

Soumission des articles

Les auteur(e)s intéressé(e)s par cette problématique annonceront leur projet à Monique DaludVincent (monique.dalud-vincent@wanadoo.fr) et à Josette Debroux (josette.debroux@univlyon2.fr) en mettant en copie Denis Martouzet dmartouzet@laurentian.ca. Les articles seront expédiés aux mêmes adresses au plus tard au mois de mai 2021. Ceux qui traverseront avec succès le processus d’évaluation par les pairs seront publiés dans le volume 17, numéro 1, de la revue, en novembre 2021.

Consignes aux auteur(e)s

Merci de vous référer au guide de NPSS (http://npssrevue.ca/guide/). La revue accepte les articles allant de 6 000 à 15 000 mots environ incluant la bibliographie, le résumé, les annexes et les notes de bas de page.

 

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Sur le thème : « Agriculture urbaine : vers une reconfiguration des liens sociaux et territoriaux »

Pour les décennies à venir, deux défis sociétaux forts devront être relevés : nourrir décemment 10 milliards d’hommes et assurer une qualité de vie dans les villes surpeuplées. Si aujourd’hui 54 % de la population mondiale vit dans les zones urbaines, cette proportion devrait passer à 66 % en 2050[1]. Nourrir la planète renvoie entre autres à la préservation des terres agricoles, elles-mêmes fortement menacées par les extensions urbaines2]. De plus, le bien-être en ville pourra être en partie assuré par les éléments de nature parmi lesquels figurent les jardins potagers et autres éléments d’agriculture urbaine. Ce sont les enseignements que nous pouvons tirer des travaux sur les services écosystémiques culturels[3] et sur la nature urbaine[4].

De nombreuses études scientifiques montrent que l’introduction de l’agriculture en ville est une des réponses pour concilier augmentation démographique, autosuffisance alimentaire et bien-être[5]. C’est aussi tout l’espoir mis dans le concept de la ville durable formalisé depuis le début des années 1990[6]. Cet urbanisme rénové oblige à penser différemment des catégories longtemps étanches, des couples apparemment irréconciliables, pour ouvrir la voie par exemple aux parcs naturels urbains, à la ruralité en ville.

Les initiatives dans ce sens sont nombreuses à travers le monde. À Toronto, au début des années 2010, tout est parti d’une initiative citoyenne, Growing to Toronto (GrowTo) pour aboutir au Programme Agricole de Toronto porté par la municipalité[7]. À Mexico, un programme de développement de l’agriculture a été mis en place dans le quartier de Xochimilco-Tlahuac[8]. Il prévoit la promotion de la participation citoyenne pour la production agricole dans le but de répondre autant à la nécessité d’une planification locale pour le développement agricole urbain, qu’à la conservation de l’environnement et à la promotion des activités économiques. Detroit, en 2011, est déclarée ville en faillite. Pourtant, aujourd’hui, elle est érigée en exemple. Elle est pionnière aux États-Unis dans la formalisation de quartiers agricoles à grande échelle en pleine ville, baptisé ici AgriHood[9]. En Chine, les exemples sont encore plus impressionnants. La ville de Shanghai a opté pour une solution innovante afin de nourrir ses 24 millions d’habitants, grâce à la mise en chantier du projet Sunqiao Urban Agricultural District : une ferme verticale de 100 hectares qui nourrira les Shanghaïens dès 2019[10]. En Afrique noire, même si l’agriculture ne fait pas toujours partie des choix officiellement possibles pour l’aménagement des villes, les formes de cultures urbaines se multiplient. À Yaoundé, elle devient un élément du paysage urbain[11]. À Bobo Dioulasso et à Ouagadougou, les agriculteurs urbains, très inventifs, arrivent même à vivre de cette activité[12]. En France, depuis une dizaine d’années, différentes politiques – contrats de filière alimentaire, Plan National de l’Alimentation (PNA), Programme National Nutrition Santé (PNNS), Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014, loi du 30 octobre 2018 sur l’alimentation durable, etc. – ont été menées avec pour objectif de renforcer et d’améliorer la compétitivité de la filière alimentaire, mais aussi de faciliter l’accès du consommateur à une alimentation saine, sûre et durable.

Les constats montrent que les enjeux alimentaires redessinent les contours des territoires de l’agriculture, mais plus encore, ils imposent de remettre sur le métier nos approches de l’alimentation en tant que lien social et dans un même temps la manière dont nous imaginons notre rapport à la nature. Si les historiens ont montré que l’espace urbain, dans nos sociétés, était jusqu’à il y a peu un « mixte de jardins, de vergers et même de champs cultivés ou pâturés, mêlés aux habitations et aux bâtiments publics[13] », les projets d’agriculture urbaine invitent à poursuivre la réflexion d’un point de vue anthropologique. L’acte alimentaire, indispensable à la vie de l’homme, se trouve au cœur du partage et de la sociabilité et, parallèlement, l’agriculture urbaine permet aux hommes de retrouver un lien avec la terre tout en initiant de nouvelles relations sociales.

Dans ce maillage relationnel, de multiples questions surgissent : l’alimentation produite en ville est-elle perçue comme fiable, saine ? Pour qui ? Quelles pratiques sont développées ? Sur quels espaces ? Par quels types d’acteurs ? Comment sont perçues les différences entre autoproduction ou production familiale et production marchande ? Quels conflits peuvent émerger entre la perception des aménageurs et la pratique des individus en matière par exemple d’esthétique des jardins[14] ? Quelles sociabilités urbaines se développent autour des jardins urbains ? Et, plus généralement, qu’en est-il des représentations de cette nature urbanisée ? Ces quelques questions devraient permettre d’apprécier la diversité des stratégies et la porosité des catégories dans un environnement idéologique qui, en Europe et ailleurs, associe étroitement la ville, le développement durable et les problématiques alimentaires.

Nous souhaitons dans ce numéro thématique discuter cette fièvre du moment et projeter sa retranscription spatiale et ses représentations dans les décennies à venir. Nous invitons les auteurs de toutes disciplines qui travaillent sur les questions de l’alimentation, des productions agricoles, des pratiques d’agriculture urbaine à apporter leur contribution à ce numéro.

Sans exhaustivité, nous attendons des contributions traitant tout ou partie des thèmes suivants :

1-Les lieux de jardinage ou d’agriculture urbaine : la campagne à la ville

Les travaux menés depuis une dizaine d’années soulignent que la notion d’agriculture urbaine est une « catégorie flottante[15] ». Pourront être abordées ici les questions liées au choix des lieux, à leurs enjeux. Pourquoi choisit-on tel endroit et pas tel autre ? Quels types de conflits se nouent autour, par exemple, du rapport entre espaces bâtis et espaces cultivés ?

2-Les pratiques de jardinage ou d’agriculture urbaine et les produits

Qui sont les acteurs de cette production ? Pour quel type de production et, selon le cas, à quelle(s) catégorie(s) professionnelle(s) appartiennent-ils ? Il faudra s’interroger sur les produits. Que produit-on ? Selon quels calendriers ? Quelles sont les conditions de culture, les représentations liées à l’environnement de production ? Existe-t-il des pratiques légales et illégales ? Quelles sociabilités se développent ? Quelle est la part du militantisme ? Comment se construisent et se transmettent, en milieu urbain, des représentations liées à la nature ? Entreront aussi dans ce point les politiques publiques en matière d’impulsion ou d’accompagnement des initiatives.

3- La consommation

Le jardinage urbain et l’agriculture urbaine nécessitent de réfléchir à la différence de pratiques et de perceptions selon qu’il s’agit d’une autoproduction/autoconsommation ou d’une production destinée à être vendue.  Des recherches portant sur les circuits de distribution (circuits informels, circuits marchands) et les modalités de consommation devraient permettre de saisir s’il existe des formes de liens spécifiques au monde urbain. Enfin, les contributions pourront aussi porter sur la sécurité alimentaire qui pourrait être au centre des pratiques dans des contextes de précarité économique.

4- Les imaginaires et le temps futur

Nous laissons ouverte la possibilité de proposer des réflexions prospectives ou des études sur les imaginaires, les attentes, les anticipations[16] (Bryant et Knight 2019) en lien avec ce que nous pourrions vivre dans le futur en termes de pratiques alimentaires et d’urbanisation de la nature.

Soumission des articles

Les auteur(e)s intéressé(e)s par cette problématique annonceront leur projet à Isabelle Bianquis et à Jean-Louis Yengué aux adresses suivantes : Isabelle.bianquis@univ-tours.fr et jean.louis.yengue@univ-poitiers.fr en mettant Denis Martouzet en copie (dmartouzet@laurentian.ca). Les articles seront expédiés aux mêmes adresses au plus tard au mois de février 2021. Ceux qui traverseront avec succès le processus d’évaluation par les pairs seront publiés dans le volume 17, numéro 2.

Consignes aux auteur(e)s

Merci de vous référer au guide de NPSS (http://npssrevue.ca/guide/). La revue accepte les articles allant de 6 000 à 15 000 mots environ incluant la bibliographie, le résumé, les annexes et les notes de bas de page.

[1] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, World Urbanization Prospects: The 2014 Revision, Highlights, (ST/ESA/SER.A/352), 2014.

[2] Séréna Vanbutsele et Bernard Decleve, « La lisière des espaces ouverts : support de densification qualitative des métropoles », VertigO. La revue électronique en sciences de l’environnement, 2015, DOI : 10.4000/vertigo.15700.

[3] Amélie Robert et Jean Louis Yengué, « What Ideal Green Spaces for the City of Tomorrow, Providing Ecosystem Services? », Procedia Engineering, vol. 198, 2017, p. 116-126 ; Jean Louis Yengué, « Introduction au dossier “Les espaces verts urbains : éclairages sur les services écosystémiques culturels” », Environnement Urbain, Les espaces verts urbains : éclairages sur les services écosystémiques culturels, vol. 11, 2017, https://doi.org/10.7202/1050483ar.

[4] Lise Bourdeau-Lepage (dir.), Nature en ville. Désirs et controverses, Paris, La Librairie des territoires, 2017 ; Lise Bourdeau-Lepage et Roland Vidal (dir.), Nature en ville : Attentes citadines et actions publiques, Editopics, coll. « Séries », 2014.

[5] Christine Aubry et Jean-Noël Consalès, « L’agriculture urbaine en question : épiphénomène ou révolution lente ? Dialogue entre Christine Aubry et Jean-Noël Consalès », Espaces et sociétés, n° 158, 2014, p. 119-131 ; Pascale Scheromm, Coline Perrin et Christophe Soulard, « Cultiver en ville… Cultiver la ville ? L’agriculture urbaine à Montpellier », Espaces et sociétés, n° 158, 2014, p. 49-66.

[6] Jean-Paul Gaudillère, « Pour une ville durable. Entretien avec Cyria Emelianoff », Mouvements, n° 41, 2005, p. 57-63 ; Zoé Hagel, « Ville durable : Des concepts aux réalisations, les coulisses d’une fabrique urbaine. Marseille ou l’exemple d’une ville méditerranéenne », thèse de doctorat, géographie, Aix-Marseille Université, 2013.

[7] GrowTO, An Urban Agriculture Action Plan for Toronto, Toronto, Toronto Food Policy Council, 2012 ; Joe Nasr, James Kuhns et Lauren Baker, « L’expansion de l’agriculture urbaine à Toronto : une collaboration entre la ville et la communauté des habitants », Pour, n° 224, 2014, p. 397-404.

[8] Pablo Torres-Lima, Alfonso Chávez-Muñoz, Gerardo Ávila-Jiménez et Sergio Contreras-Prado, « Urban Agriculture as a Part of a Sustainable Metropolitan Development Program: A Case Study in Mexico City », Field Actions Science Reports, Special Issue 1 : Urban Agriculture, 2010, http://journals.openedition.org/factsreports/573.

[9] https://weburbanist.com/2016/12/24/urban-agrihood-detroit-produce-project-feeds-2000-households-for-free/

[10] http://www.sasaki.com/project/417/sunqiao-urban-agricultural-district/

[11] Jean Louis Yengué, « L’agriculture dans la ville Africaine. Un avenir incertain ? Exemple de la vallée de l’Ekozoa à Yaoundé (Cameroun) », Bulletin de la Société géographique de Liège, Société géographique de Liège, vol. 73, 2019, p. 105-116.

[12] Ophélie Robineau, « Vivre de l’agriculture dans la ville africaine : une géographie des arrangements entre acteurs à Bobo-Dioulasso, Burkina Faso », thèse de doctorat, géographie et aménagement de l’espace, Université Paul-Valéry Montpellier III, 2013 ⟨NNT : 2013MON30069⟩ ⟨tel-00917958v2⟩.

[13] Philippe Bonnin et Maïté Clavel, « Introduction. Quand la nature s’urbanise », Ethnologie française, vol. 40, 2010, p. 582.

[14] Bernadette Lizet, « Du terrain vague à la friche paysagée. Le square Juliette-Dodu, Paris, Xe », Ethnologie française, vol. 40, 2010, p. 597-608.

[15] Laurence Granchamp-Florentino, « L’agriculture urbaine. Un enjeu de la ville durable », Revue des sciences sociales, La ville aux défis de l’environnement, n° 47, 2012, p. 140-151.

[16] Rebecca Bryant et Daniel M. Knight, The Anthropology of the Future, Cambridge, Cambridge University Press (GB), 2019.