Appels à contributions

Sur le thème « Action et nature »

    (Parution prévue dans le volume 14, no 2, en mai 2019)

    Nature et culture : leurs rapports de complémentarité et d’opposition forment un questionnement classique et majeur de la philosophie. Plus concrètement, nous plaçant dans le champ de disciplines comme la géographie, l’urbanisme et les sciences des territoires, l’écologie et les sciences du vivant, la sociologie, l’anthropologie et les sciences de la société, les dimensions sociales, spatiales et temporelles du rapport entre ville et nature ont été déjà très largement étudiées.

    Dans cet ensemble, apparaît un manque relatif : le lien entre action et nature. L’homme, agissant sur son environnement, modifie la nature : il la préserve, la protège, la restaure, la patrimonialise, la muséifie, la vénère ou bien l’exploite, la réduit, la dénature, la détruit… La nature, par ses différentes dimensions, par ses rythmes et ses événements, conduit à orienter l’homme dans son action, ses pensées, ses représentations, tant à l’échelle individuelle qu’aux différentes échelles sociales.

    Cet appel à communication vise l’exploration de ce lien, ses multiples modalités, ses boucles de récursivité, ses conséquences tant conceptuelles qu’opérationnelles suivant deux axes :

    AXE 1 : En quoi nos actions révèlent-elles nos conceptions de la nature ? Plus précisément, en quoi et de quelles manières nos actions, parce qu’elles modifient la nature, non seulement en fonction des moyens dont nous disposons et en fonction des objectifs d’organisation de la société, mais aussi en fonction de ce que nous savons, pensons et disons d’elle, révèlent nos représentations et conceptions de celle-ci ? L’action collective, au sens large, qu’elle prenne la forme de la gestion, de la planification ou du projet, la mise en œuvre de politiques publiques ou de textes législatifs, révèle la manière dont la société ou certain des groupes qui la constituent pensent la nature comme objet, mais aussi comme organisation, comme structure, comme patrimoine, comme paysage, comme potentiel. Trace du passé à retrouver, indice d’un avenir à construire, élément d’un présent à préserver ou modifier, la nature n’est que très rarement envisagée comme une totalité dans nos actions. Des pans entiers peuvent être mis de côté, des points de vue peuvent être avancés, d’autres masqués ou ignorés. Quels sont-ils ? Pourquoi ceux-là ? Qu’est-ce que cela révèle de notre conception et de notre compréhension de la nature ?

    AXE 2 : En quoi et de quelles manières la nature détermine-t-elle nos actions ? La nature apparaît tour à tour comme modèle (modèle esthétique, modèle fonctionnel, source d’inspiration technique…), comme contrainte à l’action (elle ne propose que ce dont elle dispose), comme défi (habiter la planète) et comme risque (risques naturels majeurs). D’une façon générale, la nature, par les éléments qu’elle présente à l’homme et à la société, mais aussi par la représentation que l’on s’en fait, permet ou incite, oblige ou interdit tels et tels types d’action. La prise en compte de la nature de la nature, de ce qu’elle représente en termes de potentialités (du potentiel de développement touristique et de valeur patrimoniale jusqu’aux risques naturels) nous conduit à penser comme possibles ou impossibles, comme intéressants ou à éviter certains types d’actions et non d’autres.

    Les textes proposés viseront à examiner la spécificité des liens réciproques mais non symétriques entre action et nature, entre nature et action : actions, réactions, rétroactions. La nature révèle notre société dans sa capacité/incapacité à agir, comme notre action révèle nos représentations de la nature. L’accent est mis sur l’action collective (de la législation préalable à l’action qu’elle encadre jusqu’à la gestion en passant par la planification, la protection, la stratégie, l’ingénierie, le projet…) sans toutefois exclure l’action individuelle (actes, usages, pratiques, projets, anticipations…) à condition qu’elle révèle nos représentations de la nature et/ou à condition qu’elle soit présentée comme découlant de facteurs d’ordre naturel. La nature comme l’action peuvent être abordées comme catégorie analytique ou philosophique ou bien à travers des cas particuliers, localisés, remis en situation.

    Consignes aux auteur(e)s

    Les auteur(e)s intéressé(e)s par la thématique annonceront leur projet au coordinateur du numéro, Denis Martouzet (denis.martouzet@univ-tours.fr), ainsi qu’au rédacteur en chef de la revue Nouvelles perspectives en sciences sociales, Claude Vautier (claude.vautier@ut-capitole.fr).

    Les auteurs feront parvenir leur texte aux mêmes adresses, au plus tard le 30 septembre 2018, accompagnés d’une fiche par auteur indiquant nom, prénom, qualité, institution de rattachement et adresse électronique.

    Les articles proposés devront respecter les normes éditoriales de la revue disponibles à l’adresse http://npssrevue.ca/guide/, dans la rubrique « Guide des auteurs » aux onglets « Consignes générales » et « Bibliographie et notes ». Ils comporteront entre 6 000 et 15 000 mots environ, incluant la bibliographie, les annexes et les notes de bas de page.

    Les textes qui traverseront avec succès le processus d’évaluation seront publiés dans le numéro thématique « Action et nature » de la revue Nouvelles perspectives en sciences sociales (Volume 14, numéro 2 à paraître en mai 2019).

    Calendrier

    Publication de l’appel : février 2018
    Déclaration d’intention : jusqu’au 15 mai 2018
    Date limite d’envoi des articles : 30 septembre 2018
    Parution du numéro : mai 2019

Sur le thème « Les modifications corporelles »

    (Parution prévue dans le volume 15, numéro 1, en novembre 2019)

    Tout corps humain raconte une histoire. Qu’il s’agisse des rides qui se dessinent avec le temps, de la chevelure dont la densité, la texture et la couleur se modifient, des cicatrices qui rappellent la croissance, des blessures anciennes ou de malheureux hasards, ces traces livrent, à celui qui sait les décoder, le récit, aussi partiel soit-il, d’une existence. Ces marques adviennent, se tracent un chemin, s’incrustent, bien souvent, contre le gré de celui qui les porte… elles sont en cela un produit de l’histoire ; d’une histoire individuelle, mais aussi d’une histoire collective qui rend possible l’histoire personnelle, individuelle. Mais si l’humain subit son histoire, il agit aussi sur elle. Ainsi, les marques corporelles peuvent relever du registre de l’indélibéré ; elles peuvent aussi être le produit d’un acte conscient, d’un choix, d’une démarche. Elles peuvent en cela être histoire se faisant, se dessinant, littéralement, sur cette toile humaine que constitue désormais le corps.

    Depuis une quarantaine d’années, on a vu s’étendre, se multiplier, se complexifier les modifications corporelles en Occident ; tatouages, piercings, scarification… Les façons de marquer son individualité en puisant dans une série de modes d’expression collectivement partagés foisonnent. Et elles brouillent les frontières entre normativité et déviance, acceptabilité et marginalité, identité et socialité, art et science, culture et plasticité, réalité et fantasme, interdit et dicible, prescrit et proscrit… elles modifient nos représentations, elles interviennent sur nos symboliques individuelles et collectives en même temps qu’elles construisent ces représentations, ces symboliques, au gré de leur expansion.

    Mais de quoi témoigne ce nouvel engouement pour des pratiques qui, à travers l’histoire, si elles ont eu le mérite de rappeler l’existence de contrées lointaines, d’une forme d’exotisme, ont aussi, et pour l’essentiel, été symbole de débauche, de déboires, de barbaries, d’impuretés… ? Comment interpréter ces gestes aussi symboliquement chargés qui constituent ce que l’on désigne désormais de Body Art en dehors des notions de rite, d’appartenance (que ce soit à un clan, à une caste, à un groupe, à un sous-groupe…), de transition, de passage, d’historicité, de socialité ? Ou encore, doit-on interpréter ces actes, à la fois intimes et publics, privés et ostentatoires, personnels et collectifs, sans faire appel à ces notions, à ces réalités ? En fait, peut-être plus encore doit-on se demander : comment repenser ces notions anthropologiquement consacrées à la lumière de ce phénomène émergeant que sont les modifications corporelles, qu’est le Body Art ?

    Serait-ce, comme le soutiennent certains, que le corps serait devenu la nouvelle frontière, la dernière frontière entre soi et le monde ? Que le corps serait une toile à décorer, orner, marquer à sa guise pour communiquer son individualité, son histoire, son récit ? Serait-ce donc que la montée des modifications corporelles serait l’indice d’une individualisation croissante des sociétés modernes ? Mais si elles sont l’expression d’une forme d’individualisme, comment, alors, interpréter leur expansion ? Comment théoriser cette adhésion collective à un mode d’expression de l’unicité ? Doit-on y voir l’inéluctable expression de l’individualité ? Doit-on plutôt y voir un effet de mimétisme ? Doit-on, encore, y voir l’expression d’une tension entre homogénéité et distinction, entre désir ou besoin de se distinguer dans un monde qui oblige simultanément à la ressemblance et à la distinction ? Doit-on, encore et encore, penser ce mode d’expression en dehors des catégories usuelles des sciences sociales et considérer qu’elles participent d’un nouveau paradigme humain, scientifique, dont les termes sont à énoncer, étaler et disposer afin de créer un nouvel univers cognitif et discursif au sein duquel puissent être discutées et conceptualisées les modifications corporelles ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous confronte la montée des modifications corporelles en Occident.

    * * *

    Soumission des articles : Les auteur(e)s intéressé(e)s par cette problématique annonceront leur projet à Mélanie Girard et à Simon Laflamme aux adresses suivantes : melanie_girard@uhearst.ca et slaflamme@laurentienne.ca en mettant Claude Vautier en copie : claude.vautier@ut-capitole.fr. Les articles seront expédiés aux mêmes adresses au plus tard le 30 juin 2019. Ceux qui traverseront avec succès le processus d’évaluation par les pairs seront publiés dans le volume 15, numéro 1 de la revue, en novembre 2019.

    Consignes aux auteur(e)s : merci de vous référer au guide de NPSS http://npssrevue.ca/guide/. Nous acceptons les articles allant de 6 000 à 15 000 mots environ incluant bibliographie, résumé, annexes et notes de bas de page.

Sur le thème « Langue, culture et média »

    (Parution prévue dans le volume 15, n° 2 de la revue, en mai 2020)

    Dans ce numéro nous proposons d’examiner d’abord le lien entre langue et culture. La langue peut exister sans la culture, mais la culture peut-elle exister sans la langue ? La langue peut exister sans culture dans la mesure où l’on peut concevoir que quelqu’un sache parler l’espagnol ou l’allemand sans pour autant être Espagnol ou Allemand; mais peut-on réellement être Espagnol ou Allemand sans pouvoir dialoguer en espagnol ou en allemand ? Si oui, la langue n’est pas un véhicule de la culture ; sinon, on ne peut pas parler de culture sans en même temps parler de langue. Pourtant, pour certains individus, ceux qui s’identifient toujours comme « Espagnol » ou « Allemand » sans pour autant connaître la langue associée à leur culture, la langue n’occupe qu’une place symbolique dans leur quotidien et dans leur identité. Ainsi, si de nombreuses collectivités se définissent par la langue, si elles cherchent à se protéger ou à se développer en conservant leur langue, une étude sur les minorités peut commencer ici.

    Ce lien entre langue et culture demande forcément une compréhension de l’apport des médias. Nous avons déjà écrit ce qui suit dans un article : < /p>

    Il n’y a pas de collectivité contemporaine qui puisse se reproduire en dehors d’un rapport aux médias. Chacune d’elles doit disposer de médias qui s’adressent à elle; chacune d’elles doit s’adresser à elle-même en recourant aux médias. Une société contemporaine qui ne dispose pas de médias est soumise aux messages qui ont été fabriqués par et pour d’autres populations (1).

    Quelles sont les conséquences pour une collectivité qui est mal représentée par les médias, soit en recevant une image négative d’elle-même, soit en étant exclue ou simplement oubliée ? Selon certains, cela mènera à la création ou à la perpétuation de stéréotypes (2). Toutefois, en dépit des difficultés que vivent les groupes minoritaires mal desservis par les médias, certains persistent en faisant preuve de résilience et même de vitalité culturelle. Nous pensons, notamment, aux Canadiens francophones hors Québec, aux Autochtones du Canada ou de l’Australie, aux Occitans en France, aux Catalans et aux Basques en Espagne.

    La représentativité des médias fait donc appel aux notions d’homogénéité et d’hétérogénéité (ou « différenciation »), d’hégémonie des médias ou d’indépendance des individus. Depuis Adorno, on parle d’une industrie culturelle qui n’est qu’un outil des puissants pour contrôler les masses (3). D’autres parlent de la liberté d’expression, de la réussite de la démocratie (4). Mais de plus en plus, nous trouvons des penseurs et des chercheurs qui soulignent une relation plus complexe entre l’homogénéité et l’hétérogénéité (5). Comme l’affirme Laflamme :

    Si tous les individus étaient les mêmes, il ne pourrait y avoir d’échange entre eux, car tout serait a priori échangé; il ne pourrait, non plus y avoir de division des tâches et des responsabilités. Si tous les individus étaient différents, ils n’auraient rien en commun, et donc il n’y aurait pas de socialité […] Une société ne peut exister que dans la mesure où elle produit aussi bien de la similitude que de la dissimilitude. Une société est par essence le fruit d’une dynamique du semblable et du dissemblable (6).

    Finalement, les médias sociaux ajoutent une autre dimension à la problématique car c’est à travers eux que les utilisateurs se représentent eux-mêmes, qu’ils s’identifient et s’informent; ils s’y créent une identité en faisant des choix qui affichent leurs préférences, leurs alliances et leurs appartenances. Les images et les manchettes qui circulent créent une culture, représentent la réalité à laquelle se joignent les individus. Les médias sociaux sont donc une plateforme d’accès rapide autant à l’actualité (politique, économique, régionale, internationale) qu’aux individus.

    Cet appel invite donc les auteurs qui travaillent sur la question de la relation entre langue, culture et médias, que ces médias soient le texte imprimé, la radio, la télévision ou Internet, à communiquer leurs données et leurs réflexions sur une plateforme commune. Le numéro de la revue comportera des textes écrits selon diverses approches ; mais seront privilégiés les articles qui sont rédigés dans un esprit de complexité et de relationalité dans lesquels sont dépassées les alternatives structure ou acteur, contrôle ou liberté, homogénéité ou hétérogénéité.

    Le numéro devrait être en mesure de répondre à des questions comme celles-ci : Quel est le lien entre langue et culture ? Quel est le lien entre culture minoritaire et médias ? Comment une culture subit-elle les effets d’un monde hyper-médiatisé ? Est-ce possible d’observer une relation entre l’homogénéisation et la différenciation en étudiant les médias ? Comment parvient-on à dialoguer pour maintenir la socialité dans le contexte d’une société hyper-médiatisée mais pas nécessairement hyper-informée ? À quel point la représentation identitaire d’un individu est-elle liée à sa présence en ligne ?

    Soumission des articles: Les auteur(e)s intéressé(e)s par cette problématique annonceront leur projet à Sylvie Lafrenière et à Roger Gervais aux adresses suivantes : Sylvie.Lafreniere@viu.ca et Roger.Gervais@usainteanne.ca en mettant Claude Vautier en copie : claude.vautier@ut-capitole.fr. Les déclarations d’intention devront parvenir à la revue au plus tard le 31 janvier 2019. Les articles seront expédiés aux mêmes adresses au plus tard le 31 mars 2019, accompagné d’une fiche pour chaque auteur indiquant ses nom, prénom, qualité, institution de rattachement, adresse électronique. Ceux qui traverseront avec succès le processus d’évaluation par les pairs seront publiés dans le volume 15, n° 2 de la revue, en mai 2020.

    Consignes aux auteur(e)s : merci de vous référer au guide de NPSS http://npssrevue.ca/guide/. Les articles compteront entre 6 000 à 15 000 mots environ incluant la bibliographie, le résumé, les annexes et les notes de bas de page.

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      (1)Christiane Bernier, Simon Laflamme et Sylvie Lafrenière, « Dissociation entre perceptions et pratiques. De la langue d’exposition aux médias en milieu minoritaire canadien », Revue du Nouvel-Ontario, no 39, 2014, p. 83.

      (2) Ingrid Volkmer, « Conflict-Related Media Events and Cultures of Proximity », Media, War & Conflict, vol. 1, no 1, 2008, p. 90-98 ; Kris Boyle and Jordan Mower « Framing Terror: A Content Analysis of Media Frames Used in Covering ISIS », Newspaper Research Journal, May 2015, p. 1-15.

      (3) Theodor Adorno et Max Horkheimer, La dialectique de la raison : fragments philosophiques, traduit de l’allemand par Eliane Kaufholz, Paris, Gallimard, 1974 [1944].

      (4) Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1848, Pagnerre, tome 4/330 ou George Gallup, Public Opinion in a Democracy, 1939, trad. Hermès, 31, 2001.

      (5) Marcel Bénéteau. « Aspects de la tradition orale comme marqueurs d’identité culturelle : le vocabulaire et la chanson traditionnelle des francophones du Détroit », Ethnologies, vol. 26, no 2, 2004, p. 201-220 ; Jimmy Thibeault, Des identités mouvantes : Se définir dans le contexte de la mondialisation, Montréal, Éditions Nota bene, coll. « Terre américaine », 2015, p. 43.

      (6) Simon Laflamme, « Dialectique de l’homogénéité et de la différence », Nouvelles perspectives en sciences sociales, vol. 8, no 1, 2012, p. 28.