Volume 1, numéro 1, 2005

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Bernard Ancori

Analogie, évolution scientifique et réseaux complexes  (p. 961)

Résumé :

L’utilisation de l’analogie et de la métaphore en sciences donne lieu à des jugements contrastés. Auprès de nombre d’auteurs opposés à toute philosophie constructiviste en matière de sciences, le langage est dénué de signification lorsque celle-ci n’est pas littérale, et la réputation de l’analogie est alors exécrable. Pourtant, une philosophie constructiviste des rapports du langage au réel reste possible, et l’analogie comme la métaphore jouent alors un rôle fondamental pour la pensée. Considérées à un niveau de généralité suffisamment élevé, toutes deux font en effet fonctionner le même type d’opérations mentales en convoquant une notion de similitude entre objets. Ces opérations mentales sont créatrices de catégories psychologiques nouvelles qui viennent alimenter le stock de représentations constituant le contexte de la découverte scientifique. Bien que ces représentations n’aient pas le statut de véritables connaissances tant qu’elles ne sont pas validées dans le contexte de la justification, leur production par l’analogie et la métaphore est absolument cruciale pour l’évolution scientifique : sans cette production, la socialisation des catégories existantes au sein de la communauté scientifique déboucherait inéluctablement sur l’arrêt total de cette évolution en un équilibre informationnel synonyme de mort entropique. L’ironie est ici que la production de catégories nouvelles par analogie ou métaphore repose sur l’erreur logique consistant à affirmer le conséquent dans un syllogisme de la forme Barbara. Or, cette erreur est au centre du rejet poppérien du vérificationnisme et, corrélativement, de la promotion du falsificationnisme comme seule posture épistémologique acceptable. En d’autres termes, la morale de cet article pourrait bien être que si Popper avait eu vraiment raison, Popper n’aurait jamais existé.

Mots-clés : analogie, évolution scientifique, réseaux complexe.

Pascal Roggero

Entre représentations hiérarchiques et pratiques complexes : les paradoxes de la décentralisation française (p. 63–94)

Résumé :

Entre globalisation et individualisation, homogénéité et distinction, les sociétés occidentales voient leurs institutions changer. Dans ce processus d’adaptation institutionnelle, le cas français apparaît particulièrement intéressant pour deux grandes séries de raisons. D’une part, il a longtemps constitué l’exemple emblématique de l’incarnation institutionnelle de l’Aufklarung et, d’autre part, il fait face à de grandes difficultés sociopolitiques et culturelles tant dans son fonctionnement que dans les tentatives d’adaptation par décentralisation dont il est l’objet.

À travers l’exemple des communes françaises et de leurs relations avec l’État depuis deux siècles, il est proposé de montrer que ces institutions s’enracinent dans des représentations de nature cognitive et idéologique qui, correspondant de moins en moins aux pratiques effectives, participent de la crise du « modèle politique français » et expliquent les oppositions longtemps fortes à la mise en œuvre de la décentralisation.

À partir d’une étude mobilisant à la fois la connaissance des textes juridiques mais aussi des pratiques politiques pour en inférer les représentations fondatrices il s’agit de contribuer au défrichage d’un nouveau champ d’investigation: celui des représentations sociales à l’origine des institutions politico-administratives et de leur mise en œuvre.

La prégnance de représentations hiérarchiques s’enracinant dans l’esprit des Lumières et la science classique est identifiée et proposée pour tenter de rendre raison du caractère tardif et conflictuel du recours à la décentralisation en France. L’évolution des représentations vers une prise en compte de la complexité des pratiques apparaît en bute avec les conceptions hiérarchiques traditionnelles. Cette reconnaissance de la complexité semble aujourd’hui à faire plus dans les têtes que dans les textes.

Mots-clés : représentation hiérarchiques, pratiques complexes, décentralisation, France.

Gérard Donnadieu

De l’évolution dans les religions (p. 95–108)

Résumé :

L’observation incontestable d’évolutions au sein des religions, systèmes symboliques se donnant habituellement pour immuables, pose au systé-micien une question hautement intéressante. Pour Danièle Hervieu-Léger, la croyance religieuse postule l’enracinement du croyant au sein d’une tradition. Et à l’origine de toute tradition religieuse se trouve, selon Mircéa Eliade, un événement fondateur ou hiérophanie. La capacité d’une religion à évoluer reposera donc sur la manière plus ou moins souple dont cette hiérophanie est transmise par la tradition. Un rôle décisif est joué en ce domaine par le texte sacré. D’une religion à l’autre, tout dépendra alors du statut donné au texte sacré. L’auteur analyse les différences de statut du texte en islam et christianisme. Il en montre les conséquences en matière d’évolution religieuse.

Mots-clés : évolution, religions.

Simon Laflamme et Alain Taché

La place de la formation dans les stratégies d’adaptation industrielle : entre mondialisation et territoire (p. 109–160)

Résumé :

Cette contribution rend compte, en recourant à une approche systémique, de l’articulation paradoxale des hypothèses de la mondialisation et de la postmodernité dans la compréhension des stratégies d’adaptation des entreprises face aux mutations tant globales que locales, organisationnelles qu’inter-organisationnelles qui traversent leur champ d’intervention. L’analyse repose sur l’évaluation de 183 réalisations concrètes du programme Objectif IV du Fonds Social Européen en Région Midi-Pyrénées en France ; elle exploite plusieurs variables qui concourent à expliquer les stratégies adaptatives des entreprises.

Mots-clés : formation, stratégie, adaptation, industrie.