Sur le thème : « L’héritage de la notion de tiers-monde »
Sous la direction de
Jocelyne Praud, Simon Laflamme et Denis Martouzet
Aujourd’hui la notion de tiers-monde n’est plus couramment évoquée dans le débat sur le développement. Cependant la pensée sur le développement, en économie mais également dans d’autres disciplines, s’est constituée, dans la période qui a suivi la seconde guerre mondiale et les processus de décolonisation, en grande partie autour de ce concept, censé s’appliquer à l’ensemble des pays concernés par cette problématique de développement. De ce fait il peut être intéressant de s’interroger sur la continuité et surtout les ruptures avec cette approche fondatrice que les débats actuels autour de la notion de développement impliquent.
Le terme de tiers-monde est introduit par Alfred Sauvy, démographe et économiste, en 1952, rejoint par Georges Balandier, anthropologue, dans une publication commune en 1956. Un débat s’est néanmoins instauré sur la définition du terme, dès son énoncé par ses initiateurs.
Dans les années 50, le terme paraissait avoir un contenu essentiellement géopolitique, dans la mesure où le contexte de guerre froide définissait deux blocs, les pays occidentaux autour de l’OTAN et les pays communistes autour du pacte de Varsovie. Le Tiers-Monde était donc censé regrouper les pays qui ne s’inscrivaient pas dans ces deux blocs, ce qui rapprochait d’ailleurs la notion de celle des « pays non alignés » qui s’étaient constitués en bloc lors de la conférence de Bandoeng en 1955.
Cette interprétation géopolitique a été remise en cause par les initiateurs de la notion (Balandier en particulier en 2003), alors même que la situation géopolitique originelle avait évolué. Selon eux le terme renvoyait plutôt à une domination de ces pays par l’Occident, notamment en termes de références politiques et culturelles, et à leur volonté d’en sortir, en lien avec le processus de décolonisation, celui-ci allant au-delà de la simple obtention d’une indépendance politique. Le concept de tiers-monde était dans cette perspective rapproché de celui de tiers-état dans le contexte de la Révolution française et renvoyait donc à une demande de reconnaissance de la volonté de ces pays d’être des acteurs de leur propre développement.
Cette dimension renvoyait également à la caractérisation économique des « pays du tiers-monde » autour de la notion d’inégalité de revenu par tête et donc de niveau de développement par rapport aux pays développés, mais aussi en liaison avec les caractéristiques structurelles de leurs économies, centrées sur l’exploitation des ressources naturelles et l’agriculture, en l’absence d’un véritable développement industriel, cette situation de marginalisation économique tendant à se reproduire par le simple jeu du fonctionnement de l’économie de marché à l’échelle globale. Cette situation a conduit les économistes se réclamant de la notion de tiers-monde à développer des théories et des analyses en rupture avec les enseignements de l’économie néo-classique dominante, qui ont constitué la base de ce qui est apparu comme « l’économie du développement » illustré par exemple par Prebish et Singer en Amérique latine ou François Perroux dans le monde francophone.
Au fil du temps la notion de tiers-monde a eu tendance à s’effacer au profit de termes concurrents.
La notion de « pays en voie de développement » s’y est d’abord substituée, renvoyant implicitement à l’idée d’un processus de développement à vocation universelle, conduisant les pays vers la situation des pays développés, validant implicitement la vision d’une trajectoire et d’un terme unique, conforme à la vision de la trajectoire de développement développée par Lewis et plus largement par l’économie néo-classique.
Les organisations internationales ont développé un classement des pays en fonction de leur niveau de revenu par tête, considéré comme un indicateur de leur niveau de développement, même si celui-ci peut être complété par d’autres indicateurs, notamment l’indicateur de développement humain. La Banque Mondiale définit, à côté des pays à revenu élevé, les Pays les Moins Avancés (PMA) et les Pays à Revenu Intermédiaire (PRI), eux-mêmes divisés en deux sous-catégories, introduisant donc une hétérogénéité dans l’ensemble des pays considérés comme en développement. Cette hétérogénéité se retrouve dans la classification du PNUD qui distingue les pays à très haut développement humain, ceux à haut développement humain, ceux à développement humain moyen et ceux à faible développement humain. Cette typologie est à mettre en relation avec la notion d’émergence qui renvoie à une accélération du processus de développement et a conduit à mettre en avant une catégorie nouvelle, celle des « pays émergents », au sein des pays considérés comme en développement : ces pays se retrouvent généralement dans la catégorie « haut développement humain ».
Compte tenu de cette évolution lexicale et typologique, il est clair que l’approche en termes de Tiers-Monde est aujourd’hui dépassée dans le contexte actuel des débats sur le développement, en particulier en économie du développement. Mais les dimensions qui ont présidé à sa caractérisation sont toujours présentes, notamment dans les dénominations les plus récentes de « Suds » et « pays émergents » :
- « Les Suds » est une expression aujourd’hui couramment employée par les géographes qui vise à regrouper des pays effectivement situés dans la partie sud de la planète, mais que l’on oppose à un Nord regroupant l’essentiel des pays développés. La notion de « Sud Global » s’appuie sur cette vision, mais elle entend faire référence aux capacités économiques croissantes de pays émergents mais aussi à une autonomie à la fois économique et politique des pays du Sud les plus puissants par rapport aux problématiques mises en avant en Occident, ce qui renvoie à une dimension géopolitique, même si elle s’inscrit dans un contexte très différent de celui des blocs antagoniques, antérieur à la chute du mur de Berlin.
- La pensée « décoloniale », quant à elle, renvoie à la nécessité d’une remise en cause de références considérées comme universelles mais liées à des structures de pensée héritées du monde occidental. Elle valorise au contraire l’affirmation de pensées et de systèmes de références propres aux sociétés dominées du Sud, aspirant à être ainsi reconnues, ce qui rappelle la vision de Balandier assimilant le tiers-monde à un tiers-état qui ne veut plus « être rien ». Ces approches « décoloniales » intègrent d’ailleurs explicitement dans leur critique de la pensée occidentale sur le développement celle de la notion de tiers-monde.
- De même continue à s’exprimer la nécessité d’outils spécifiques d’évaluation de la situation économique des pays du Sud, autour par exemple de la notion de dette écologique des pays du Nord, dans la perspective de la transition écologique et du développement durable, de mesure du « développement humain », de la redéfinition, au-delà du revenu par tête des différents pays, des inégalités entre pays, par exemple en termes de capabilités au sens d’ Amartya Sen ou d’indicateurs du « bien-vivre » ou du « bonheur national brut », proposés dans certains pays.
Ces débats ont mobilisé à l’époque de l’identification des « pays du tiers-monde », et continuent à mobiliser aujourd’hui autour de ces nouvelles approches, la science politique, l’anthropologie, la géographie, la sociologie ou l’économie.
Le numéro spécial de la revue aurait donc pour objectif d’apporter un regard pluridisciplinaire sur la continuité et les ruptures sur les débats sur le développement qu’illustre le déclin de la notion de tiers-monde. Un élément important paraît être la remise en cause de l’unicité d’une trajectoire de développement à vocation universelle et d’une vision unifiée de ce qui caractérise le développement, ce qui implique à la fois l’économie, la science politique et la géopolitique et la réflexion épistémologique. On peut identifier les points suivants qui peuvent orienter les contributions à ce numéro spécial.
Sur le plan économique tout d’abord, les pays du tiers-monde étaient caractérisés par l’importance de l’exploitation des ressources naturelles, agricoles ou minières, qu’elle soit considérée comme une faiblesse structurelle des pays concernés dans le cadre des théories de la dépendance, ou comme la conséquence de leur retard par rapport à une trajectoire de « changement structurel » caractérisée par la marche vers l’industrialisation. On peut s’interroger sur les points suivants :
- Qu’en est-il à l’heure actuelle de ce changement structurel dans les Suds, à l’heure où, dans le domaine des ressources naturelles la puissance économique et géopolitique des pays pétroliers du Golfe s’affirme ? En particulier, quel est le rôle des ressources naturelles ou de la relation aux nouvelles technologies dans le positionnement des différentes régions et pays dans un contexte de transition écologique et d’émergence de nouvelles ressources critiques, par exemple des ressources minières comme les « terres rares » cruciales dans une perspective de transition énergétique et de révolution numérique et où la diversité des trajectoires agricoles dans les Suds entre trajectoires lewisienne et non lewisienne s’affirme ?
- Comment se redessine l’importance de l’industrialisation dans la caractérisation des trajectoires de développement des pays du Sud à l’heure des délocalisations, mais aussi de la restructuration des filières globales alors que l’industrialisation se développe de manière très différenciée dans les pays du Sud, entre l’Asie très concernée, l’Amérique latine et surtout l’Afrique subsaharienne nettement moins ?
- De même, alors que les « pays du tiers-monde » étaient caractérisés dans la seconde moitié du XIXe siècle par leur « explosion démographique », l’avancement de la transition démographique qui met en avant l’importance de la structure de la population au-delà de sa croissance est fortement différencié selon les pays et les régions. Cette question est liée à des problématiques importantes comme les questions de genre ou le vieillissement. Compte tenu de la temporalité forte des variables démographiques, comment modifient-elles leur positionnement économique et leur poids géopolitique ?
Sur le plan politique, les pays du tiers-monde ont été souvent assimilés aux pays non alignés, définis par leur neutralité et leur indépendance par rapport aux deux blocs antagonistes de la seconde moitié du XXe siècle. Le non-alignement a-t-il encore un sens aujourd’hui pour les pays du Sud, alors que les références géopolitiques dominantes sont l’Occident et le « Sud Global » ? La notion de multi-alignement, invoquée par exemple à propos de l’Inde s’y est-elle substituée ? Quel rôle jouent les processus d’émergence économique dans la redistribution du pouvoir géopolitique entre nations et regroupement de nations ? Comment ces facteurs influent-ils sur les formes de gouvernance à l’échelle mondiale ?
Concernant maintenant la dimension épistémologique, l’émergence de la pensée décoloniale dans différents domaines entend remettre en cause des structures de pensée héritées du monde occidental à travers notamment les processus de colonisation. Quelle est la portée épistémologique de cette remise en cause dans les différentes disciplines des Sciences Sociales ? A priori, on peut penser que certaines, comme la sociologie ou l’anthropologie, sont plus concernées que d’autres, comme la science économique. Cet a priori se vérifie-t-il dans la réalité ? La nécessité d’approches pluridisciplinaires le remet-il en cause ? Quelles sont dans les différents domaines concernés les caractéristiques et la spécificité des analyses qui pourraient être qualifiées de décoloniales dans les différentes disciplines sur les différentes régions concernées ?
Soumission des articles
Les personnes intéressées annonceront leur projet aux trois responsables scientifiques : Jocelyne.Praud@viu.ca, slaflamme@laurentienne.ca et denis.martouzet@univ-tours.fr
Les articles seront envoyés aux mêmes adresses ; ceux qui traverseront avec succès le processus d’évaluation par les pairs seront publiés dans le volume 22, no 2 de la revue Nouvelles Perspectives en Sciences Sociales.
Consignes aux autrices et aux auteurs
Les articles proposés devront respecter les normes éditoriales de la revue, disponibles à l’adresse suivante : http://npssrevue.ca/guide/ (rubrique « Guide des auteurs » : voir « Consignes générales » et « Bibliographie et notes »).
Calendrier
- Publication de l’appel à articles : mars 2026
- Date limite de réception des articles : juin 2026
- Évaluation en double aveugle des articles : de juin à octobre 2026
- Date limite de réception de la version finale des articles acceptés : décembre 2026
- Parution du numéro : mai 2027
Sur le thème : Décolonisation, décolonialité et postcolonialité
Regards croisés sur les mondes contemporains
Sous la direction de
Sandy Larose
La rencontre entre l’Europe et les Amériques à partir de 1492 inaugure une transformation profonde des rapports entre les sociétés, les territoires et les peuples. La conquête et la colonisation des Amériques ont progressivement donné naissance à un ordre mondial fondé sur des rapports de domination politique, économique, sociale et culturelle entre les métropoles européennes et les territoires colonisés. La distinction entre « Ancien Monde » et « Nouveau Monde » a ainsi longtemps structuré les représentations du monde, les relations internationales, la production des savoirs et les rapports de pouvoir.
Du XVIe au XIXe siècle, l’expansion coloniale européenne, la conquête des territoires et la mise en place du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques ont contribué à l’émergence et à la consolidation d’un système colonial et esclavagiste. Celui-ci a profondément transformé les sociétés concernées et laissé des traces durables dans les institutions, les économies, les cultures, les systèmes de pensée et les rapports sociaux. La colonisation a ainsi contribué à façonner les manières de penser l’Autre, de produire le savoir, de définir les identités et d’organiser les relations humaines et internationales. Face à cet état de chose, des gens se sont soulevés, à différentes périodes de l’histoire, pour contester l’ordre colonial.
La décolonisation constitue, à cet égard, l’aboutissement de longues histoires de luttes et de résistances menées par les peuples colonisés. Ces luttes, dont certaines demeurent inachevées, ont pris des formes diverses selon les contextes historiques, politiques et sociaux. Entre le XVIIIe et le XXe siècle, plusieurs événements majeurs ont contribué à remettre en question l’ordre colonial et esclavagiste. Parmi ces événements, trois constituent, à nos yeux, des jalons fondamentaux du processus de décolonisation et ont contribué à orienter le monde vers la modernité et le progrès de l’humanité, tout en ayant pour socle principal la « Liberté ».
D’abord, la Révolution américaine de 1776 marque la rupture des treize colonies avec la métropole britannique et donne naissance aux États-Unis d’Amérique. Ensuite, quelques années plus tard, la Révolution française de 1789 contribue à diffuser des principes politiques fondés notamment sur la liberté et l’égalité, bien que leur application demeure profondément contradictoire, notamment dans les territoires coloniaux. Enfin, la Révolution haïtienne, amorcée en 1791 et aboutissant à l’indépendance d’Haïti en 1804, constitue, quant à elle, un événement majeur de l’histoire mondiale. Issue d’une insurrection d’Africains esclavisés, elle conduit à l’abolition de l’esclavage dans le nouvel État indépendant et fait d’Haïti le premier pays noir indépendant du temps moderne. La révolution haïtienne a également joué un rôle important dans les processus de libération qui ont marqué l’Amérique latine au début du XIXe siècle.
En Afrique, les années 1960 ont marqué une période importante de décolonisation. Malgré cela, plusieurs pays anciennement colonisés en Afrique et dans d’autres régions du monde continuent jusqu’à présent d’entretenir des rapports inégaux avec leurs anciennes puissances coloniales, notamment sur les plans économique, politique et culturel. Une forme de relation que certains n’hésitent pas à qualifier de néocolonialisme. Force est de constater que les sociétés issues de ces processus de rupture avec les ordres coloniaux ont profondément transformé leurs structures politiques, économiques et sociales, se construisant ainsi comme des sociétés tantôt néocoloniales, tantôt postcoloniales ou encore décoloniales. Il faut toutefois souligner que l’indépendance politique n’a pas nécessairement signifié la disparition des rapports de domination hérités de la colonisation. En fait, certains pays anciennement colonisés demeurent traversés par des tensions entre continuités et ruptures, entre reproduction et contestation des structures héritées de l’ordre colonial. Les héritages de la colonisation continuent ainsi de nourrir les débats portant sur les identités, les institutions, les rapports de pouvoir, les inégalités, les savoirs et les représentations du monde.
C’est dans cette perspective que les notions de « décolonisation », de « décolonialité » et de « postcolonialité » ont acquis une importance croissante dans les sciences humaines et sociales pendant les dernières années. Si la décolonisation désigne, dans son acception historique, le processus par lequel les territoires colonisés accèdent à l’indépendance politique, son usage contemporain s’est considérablement élargi. Il renvoie désormais à des processus de remise en question des héritages coloniaux dans les domaines culturel, social, économique, politique, épistémologique, scientifique, artistique et littéraire.
Depuis les années 1990, les approches décoloniales ont notamment connu un développement important en Amérique latine et dans d’autres espaces intellectuels. Les travaux d’auteurs et d’autrices tels qu’Enrique Dussel, Arturo Escobar, Santiago CastroGómez, Ramón Grosfoguel, Catherine Walsh, Jean Casimir et Walter Mignolo, entre autres, ont contribué à renouveler la réflexion sur la colonialité du pouvoir, du savoir et de l’être, ainsi que sur les formes contemporaines de domination héritées de la modernité coloniale. La multiplication des travaux consacrés à la décolonisation, à la décolonialité et à la postcolonialité témoigne de la vitalité de ces perspectives. Ce présent numéro souhaite toutefois contribuer à ce débat en favorisant la diversité des approches théoriques, méthodologiques, épistémologiques, disciplinaires et géographiques. Il entend notamment faire dialoguer des chercheurs et chercheuses provenant de différents horizons et travaillant sur des terrains variés, au Canada comme dans les autres régions du monde.
L’objectif est de mieux comprendre les dynamiques complexes de la décolonisation, de la décolonialité et du monde postcolonial, en réfléchissant à leurs tensions, leurs contradictions, leurs limites et leurs possibilités. Il s’agit également d’examiner la manière dont les héritages coloniaux continuent, ou pas, de façonner les sociétés contemporaines, tout en analysant les processus de transformation, de contestation et de recomposition qui cherchent à remettre en question ces héritages.
Axe 1 – Le concept de décolonisation : approches, usages et débats
Le concept de décolonisation demeure ouvert à des interprétations et à des usages multiples. Dans son acception historique, il désigne le processus par lequel un territoire colonisé accède à l’indépendance politique. Dans les sciences humaines et sociales contemporaines, le concept s’est toutefois considérablement élargi pour englober des dimensions culturelles, sociales, économiques, politiques, intellectuelles, littéraires, artistiques, scientifiques et épistémologiques.
Cet axe invite à réfléchir aux différentes significations de la décolonisation, à ses usages dans les sciences sociales et humaines ainsi qu’aux débats théoriques qu’elle suscite. Les contributions pourront notamment porter sur :
- les différentes définitions de la décolonisation ;
- les rapports entre décolonisation, décolonialité et postcolonialité ;
- les héritages coloniaux dans les sociétés contemporaines ;
- les processus de décolonisation politique et leurs limites ;
- la fabrique des identités décoloniales dans les Amériques et en Afrique ;
- les mouvements sociaux et politiques de décolonisation ;
- les mémoires de la colonisation et de l’esclavage ;
- les enjeux liés à l’identité, à la culture et à la reconnaissance ;
- les expériences de décolonisation au Canada, dans les Amériques, en Afrique, en Asie ou ailleurs ;
- les tensions entre les discours décoloniaux et les pratiques institutionnelles.
Axe 2 – La postcolonialité dans tous ses états : savoirs, sciences et institutions
Si la nécessité de décoloniser les savoirs fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt croissant, plusieurs questions demeurent : par où commencer ? Que signifie concrètement « décoloniser » les savoirs ? À quoi pourrait ressembler une science décolonisée ? Quels en seraient les principes, les méthodes et les critères de validité ? Que faudrait-il conserver des traditions scientifiques héritées de la modernité occidentale et que faudrait-il remettre en question ? Le savoir postcolonial ou décolonial serait-il en mesure de répondre aux enjeux du monde contemporain ? Peut-on véritablement penser une science postcoloniale lorsque les institutions scientifiques, les catégories d’analyse et une partie importante des savoirs savants ont été historiquement façonnées dans des contextes marqués par le colonialisme ?
Cet axe invite à interroger les conditions de production et de légitimation des savoirs ainsi que les rapports de pouvoir qui traversent les institutions scientifiques, universitaires et éducatives.
Les contributions pourront notamment aborder :
- la décolonisation des savoirs et des universités ;
- la colonialité du savoir et de la production scientifique ;
- les épistémologies du Sud ; • justice et injustice cognitive entre le Nord et le Sud ;
- les savoirs autochtones et les savoirs marginalisés ;
- les méthodologies décoloniales ;
- les rapports entre science, pouvoir et colonialité ;
- les institutions universitaires dans les sociétés postcoloniales ;
- la décolonisation des programmes et des pratiques pédagogiques ;
- les enjeux de légitimité et de reconnaissance des différents régimes de savoir ;
- les rapports entre recherche scientifique et communautés concernées.
Axe 3 – Décoloniser les sociétés contemporaines : pratiques, résistances et futurs possibles
Au-delà des débats théoriques, la décolonisation constitue également un processus social et politique qui se manifeste dans les pratiques quotidiennes, les mouvements sociaux, les institutions, les arts, les cultures et les territoires tant en Occident qu’ailleurs.
Cet axe invite à réfléchir aux expériences concrètes de décolonisation et aux initiatives qui cherchent à transformer les structures héritées du colonialisme. Il s’intéresse autant aux processus de résistance qu’aux expériences institutionnelles, communautaires, artistiques et politiques qui cherchent à construire d’autres manières de penser les relations sociales.
Les contributions pourront notamment porter sur :
- les mouvements autochtones et les luttes territoriales ;
- les mouvements antiracistes et les luttes contre les discriminations ;
- les luttes féministes dans les sociétés postcoloniales ;
- les pratiques artistiques et culturelles décoloniales ;
- la littérature, la musique et les productions culturelles ;
- la mémoire, le patrimoine et les processus de réparation ;
- la décolonisation des espaces urbains et territoriaux ;
- les institutions publiques et les politiques de décolonisation ;
- les expériences de décolonisation au Canada et dans les communautés autochtones ;
- les mouvements de jeunesse et les nouvelles formes de mobilisation ;
- les perspectives d’avenir des sociétés postcoloniales.
Soumission des articles
Les personnes intéressées sont invitées à soumettre une proposition d’article à Sandy Larose (slarose2@laurentian.ca) et à Denis Martouzet (denis.martouzet@univ-tours.fr). Les articles seront envoyés aux mêmes adresses. Ceux qui traverseront avec succès le processus d’évaluation par les pairs seront publiés dans le volume 23, numéro 2 de la revue Nouvelles perspectives en sciences sociales.
Consignes aux autrices et aux auteurs
Les articles proposés devront respecter les normes éditoriales de la revue, disponibles à l’adresse suivante : http://npssrevue.ca/guide/ (rubrique « Guide des auteurs » : voir « Consignes générales » et « Bibliographie et notes »).
Calendrier
- Publication de l’appel à contributions : octobre 2026
- Date limite d’envoi des articles : 31 mai 2027
- Parution du numéro : novembre 2027